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30/03/2008

Justice story: face à la douloureuse réalité

af0acf0d240b1f2502b8d8a2242fe00d.jpgParticiper à une émission de téléréalité, c'est un métier...

PARIS C'est un fameux pavé dans la mare qu'a jeté Jérémie Assous, avocat parisien, en obtenant la requalification de la participation des candidats aux émissions de téléréalité en contrat de travail. Les émissions se succèdent, les concepts sont multiples avec, à chaque fois, la perspective pour les participants de remporter une belle somme d'argent au final.


Pour les autres, rien ou presque ! C'est le jeu ? Pas tout à fait depuis que l'avocat parisien Jérémie Assous a obtenu gain de cause pour les trois candidats de l'Île de la Tentation, première du nom, en faisant condamner TF1 et sa filiale Glem, à payer 27.000 euros à chacun des plaignants au titre d'indemnités de licenciement, congés payés, heures supplémentaires et autres obligations liées à un contrat de travail en bonne et due forme et à la rupture, abusive, de celui-ci.

Une victoire qui a donné des idées à quantité d'autres participants de l'Île de la Tentation, Star Academy et autres programmes du genre. Au total, une centaine de dossiers sont déjà entre les mains de maître Assous et la facture risque d'être salée pour les producteurs d'émissions de téléréalité. Dans son dernier numéro, le magazine Capital faisait les comptes globaux : une ardoise de près de 40 millions d'euros.

Un chiffre encore sous-estimé selon l'avocat parisien, qui évoque plus volontiers la barre des 100 millions d'euros. Pas de quoi mettre les producteurs sur la paille, eux qui ajoutent encore un zéro à cette coquette somme au bas de la colonne des bénéfices.

Mais en quoi participer à une telle émission peut-il être considéré comme un travail. "Au même titre que n'importe quel artiste qui se met à la disposition d'un producteur, peu importe si le travail fourni a un côté ludique", selon la plaidoirie de maître Assous. "Lorsque vous allez manger dans un restaurant étoilé, c'est pour votre plaisir et il est logique que vous vous acquittiez de la note. Mais lorsqu'un critique d'un guide gastronomique s'y rend, il mange tout comme vous, si ce n'est qu'il le fait dans le cadre de sa profession, fait payer l'addition par son patron et est également rémunéré pour sa prestation. C'est là toute la différence pour deux actions qui peuvent sembler similaires."

Dans le premier procès d'une série qui s'annonce désormais longue, jurisprudence oblige, maître Assous est parvenu à démontrer, au terme d'un rapport riche de 70 pages, que les tentateurs à qui l'on avait vendu un séjour de rêve sur une île paradisiaque, rencontres avec de jolies créatures en prime, n'étaient en fait que des employés. Répondre aux interviews, patienter des heures entre les prises, participer aux activités mises sur pied par la production, c'est une prestation et non des vacances.

De plus, les tentateurs étaient tenus de se mettre à la disposition de leur producteur 24 heures sur 24, n'ayant aucun moment à eux, ne pouvant quitter les lieux du tournage ni communiquer avec les techniciens. Encore mois avec l'extérieur puisqu'ils ne disposaient pas de téléphone portable.

Et s'il leur prenait l'envie de quitter l'aventure avant la fin ou d'enfreindre les règles de confidentialité, c'est même un débours de 15.000 euros qui les attendait. Un risque bien trop grand à courir lorsque l'on sait qu'ils ne percevaient, pour toutes ces heures prestées, qu'une maigre rémunération de 1.525 euros, qualifiée de droits sur les produits dérivés.

Sans noircir outrageusement le tableau, maître Assous a donc convaincu les juges qu'il fallait respecter ce vieil adage : tout travail mérite salaire... et contrat en bonne et due forme. Il ne reste plus, aux producteurs, qu'à passer à la caisse !


© La Dernière Heure 2008

http://www.dhnet.be/culture/television/article/203298/jus...

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